Tout comme Paestum fut emporté par son plongeur
la terre suivra ses aigles dans la noirceur des ondes.
Ancienne Atlantide où mes pieds fondent, je suis
ton premier habitant, inconnu de la terre et recherché dans les airs. Je fus l’albatros
coulant éternellement après avoir rencontré les folles moustaches espagnoles.
Il m’a peint, ce génie, dans les vicieux miroirs où tout se détourne et se
retourne devant et derrière sa fin. Les miroirs menteurs voilà ce qu’il manque
au fond de l’eau, un reflet s’accouplant avec un autre, un lâche pris dans les
bras d’un fou ! Ô quelle vision délicieuse. Emporte le, jette le vers le
paradis et les ténèbres dans le même temps. Hier ou demain, et aujourd’hui,
tisse ces termes entre eux par un fil d’or et de plomb ; dément aux mains ciselées,
je te l’ordonne. Je le vois, enfin tu saisis tes doigts tranchants, ton
aiguille divine et organise une débauche verbale et littéraire. Dans un palais
à la lisière de l’eau et de l’air, longeant les côtes, le temps et l’espace
s’embrasent et se modèlent lentement, frénétiquement. Des oreillers de plumes de
paon accrochés aux murs où les corps roulent, goudron au sol où la peau tombe.
La naissance des rapaces s’entame et les cris se font perçant, mes yeux
également ! Je perçois presque les langues au fond du cœur et de l’âme. Ah
les sirènes antiques, vous sortez enfin, gorge déployées et hurlements encore
bridés. Bientôt, encore ! Plus fort ! Vous sortez de votre glaise mes
gargouilles ! Oh j’oublis presque que je ne suis que spectateur.
Mais… Là je sens une aiguille traverser mon dos,
de part en part, rampant sous ma chair comme un serpent de feu. Hélas le fil
est son voile, et il me dévore également ! Ah non, je m’élève, on m’élève,
je n’en sais rien. Conscience atteinte, percée, un liquide rouge s’en échappe,
je ne fermerai pas les yeux. Non, tout s’enchaine, satellites autour de mes
yeux, on me suspend à un plafond infini dont le vent fait les vagues. Ah toute
cette perte, aucun élément n’est connu ! La matière n’est que volatile,
comme une nue dans laquelle on s’enfoncerait. Je prie pour que ce soit un orage
et que nous, vulgaires emplumés, nous chutions.
Je viens d’affranchir le soleil et Aldébaran,
ils ne sont plus de ce monde, et désormais, la limite n’est permise que par un
inconscient surréalisme où les oiseaux se plaisent à nager. Trop haut ou trop
bas, la chute ne se fait que dans notre reflet.

"L'oiseau qui vole par ses propres ailles ne vole jamais trop haut." William Blake.
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